Non à la prolifération des syndicats à Maurice

Entretien Samedi Plus 29.08.09

Le président du Congress of Independent Trade Unions (CITU), Vinod Seegum, se prononce contre la prolifération des instances syndicales et déplore l’entrée en vigueur des deux nouvelles lois du travail à Maurice. Le syndicaliste affirme également qu’il existe un jeu de pouvoirs au sein des différentes organisations de travailleurs et ajoute que certains syndicalistes ne pensent qu’aux privilèges. Il insiste aussi que la compensation salariale doive être basée sut le taux d’inflation uniquement.


Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le ‘Congress of Independent Trade Unions’(CITU)?

Le CITU n’est pas une fédération, mais une confédération qui englobe le Mauritius Labour Fédération , la Fédération of Parastatal Bodies and Other Unions et la Government Teachers Union. Les syndicats affiliés au sein du CITU sont des dissidents du Mauritius Labour Congress (MLC). Dans le passé, nous avons décrié la dictature qui y prévalait et lutté pour plus de démocratie et de transparence mais en vain. Nous ne pouvions rester en dehors des fédérations. D’où notre décision de créer une grande fédération qui a éventuellement débouché sur une confédération, qui est la deuxième après celui du National Trade Union Congress.

Quel est le but de ce mouvement?

Nous voulons être le porte-pa¬role d’une grande masse des tra¬vailleurs et être reconnu comme une véritable force sur l’échiquier syndical mauricien. Nous représen¬tons actuellement environ 25 000 travailleurs et ce nombre ira crois­sant même si nous résisterons aux éléments déstabilisateurs qui pourraient nous faire du tort. Au cas contraire, nous serions la plus grosse confédération syndicale du pays. De plus, nous sommes très courtisés en ce moment car nous sommes crédibles. La crédibilité n’a pas de prix et nous voulons jalousement la préserver.

Que pensez-vous de la presta­tion des autres fédérations syndi­cales de Maurice ?

Chaque fédération fait son travail comme bon lui semble. Très souvent, elles ne regardent pas toutes dans la même direction. Certains ont des agendas cachés pour défendre leurs propres in­térêts.

Pourquoi les syndicalistes s’en-tredéchirent-ils?

Certains syndicalistes veulent démontrer qu’ils sont les plus com­pétents. D’autres prônent l’idée du syndicalisme que pour la galerie et s’entredéchirent pour devenir plus représentatifs et bénéficier de voy­ages gratuits. Il existe un ‘power game’ au sein du mouvement syn­dicale. Or, tout cela n’existe pas à la CITU.

Certains dirigeants syndicaux veulent rester à tout prix à la tête de leurs mouvements pour des privilèges. Partagez-vous cet avis ?

Oui. Plusieurs syndicalistes ne pensent qu’aux privilèges et ne défendent pas leurs membres. Ils siègent au sein de plusieurs con­seils d’administration, bénéficient de grosses sommes d’argent et ef­fectuent plusieurs voyages à l’é­tranger. Or, au CITU nous ne prônons pas cette culture. Vous serez peut-être étonné d’entendre que je ne siège sur aucun ‘board’ bien que je sois le deuxième prési­dent le plus représentatif de ma confédération. Au CITU, nous sommes vraiment indépendants et ‘we mean business’ tandis que d’autres présidents de syndicats côtoient des ministres pour faire partie des délégations minis­térielles.

Les principes du syndicalisme avaient pris un coup avec une certaine politisation.  Ont-ils été réta­blis au fil des années?

C’est avec beaucoup de difficultés que les syndicats se sont ressaisis pour pouvoir garder leurs distances des politiciens. Quand même, certains nostalgiques ne  peuvent pas opérer indépendamment car ils sont toujours à la mer­ci des politiciens. La politisation syndicale est la pire des choses. Au CITU, nous faisons très attention.

On soutient dans certains milieux qu’on compte trop de mouvements syndicaux à Maurice, ce qui les rend moins efficaces. Partagez-vous cet avis?

Vous avez parfaitement raison. D’ailleurs le ministre du Travail et des Relations industrielles, Jean-François Chaumière avait déploréle fait que Maurice compte 365 organisations syndicales, 17 fédérations et 5 confédérations pour une population de 1,2 millions. L’Employment Relations Act a préconisé qu’une association doit compter un minimum de 30 membres pour former un syndicat.

Or, selon l’ex-lndustrial Rela­tions Act, une association ne devait comprendre que 7 membres pour créer un syndicat.

II existe 50 syndicats dans le secteur de l’éducation et la GTU est le seul syndicat qui a farouche­ment résisté à la prolifération des syndicats. En 2007, la GTU a dépensé environ Rs 500 000 pour empêcher la General Purpose Teachers Union (GPTU) d’obtenir sa reconnaissance. Finalement, la GTU a eu gain de-cause.

Il est triste de constater que le ministre de l’Education, le Dr Vasant Bunwaree juge utile de rencon­trer des nouveaux syndicats alors que ses prédécesseurs, dont Dharam Gokhool, n’ont jamais en­couragé la prolifération d’ins­tances syndicales à Maurice. C’est’ vraiment dommage.

II existe 50 syndicats dans le secteur de l’éducation et la GTU est le seul syndicat qui a farouche­ment résisté à la prolifération des syndicats.

Les syndicalistes ne veulent-ils pas entendre parler de productivité ou de rentabilité et soutiennent uniquement la com­pensation salariale, et ce à un mo­ment où l’emploi est menacé avec la crise financière internationale?

J’insisterais qu’il n’y a aucun baromètre approprié pour mesurer la fiabilité de la production. Tout en reconnaissant qu’il y a des abus, il faut dire qu’on doit légiférer. La compensation doit être unique­ment basée sur le taux d’inflation. Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a subitement changé d’attitude pour annexer le taux de productivité à celui’de l’in­flation pour accorder la compensa­tion.

II semble que les organisations syndicales ont tendance à ne penser uniquement qu’à ceux qui sont déjà actifs, ne donnant que très peu d’importance à ceux qui sont à la recherche d’un emploi?

Je ne partage pas votre avis car la création d’emploi et la résis­tance à sa perte demeurent les principales préoccupations des syndicalistes. Ce sont les priorités du mouvement syndical à Maurice. Par ailleurs, les syndicats expri­ment leur soutien au « Empowerment Fund » et à la Small Enterpris­es and Handicraft Development Authority qui veulent aider et for­mer les travailleurs et encourager les Mauriciens à devenir des entre­preneurs. D’autre part, nous ac­cueillions favorablement la con­crétisation de nombreux projets gouvernementaux qui permet la création des milliers d’emplois à Maurice. Il est faux de dire que nous sommes égoïstes.

On évoque dans les milieux con­cernés que le vieillissement de la population et un taux de natalité faite, H faudrait un jour revoir l’âge de l’embauche et allonger l’âge de la retraite. Comment réagit le mou­vement syndical devant ce phénomène ?

Pour s’enrôler dans la fonction  publique, le gouvernement a déjà étendu l’âge de 35 ans à 45 ans. C’est une très bonne initiative du gouvernement car le ‘life expectancy’ est longue. Nous espérons que le secteur privé emboîtera le pas également. Il est impératif que les entreprises locales revoient tous leurs systèmes et critères d’em­bauché pour recruter des person­nes qui sont âgées de 45 ans et plus.

Comments (3)

 

  1. Nishta says:

    I would like to congratulate the president of the GTU for his massive support to teachers through the media. Teachers feel protected and it shows the commitment of the GTU towards working for teachers unity.

  2. Rosida says:

    I read the interview of Mr Seegum on Samedi Plus. It shows that GTU is the only true union working in favour of teachers. It is also a fact that the GTU is also aiming towards empowering the youth through its different initiatives. It is an excellent sign if we want to make our union one of the most respected and powerful on the national scene.

  3. The Hunter says:

    It feels very nice to see that the president of the GTU, Mr Seegum is giving a massive support to all teachers of Cottage G.S. But it is also sad to note the silence of the fake unions on this issue. Do it mean that they are ’syndicalement impotent’ or they simply fear bouncers and hiding themselves under the blanket ? When teachers need them, they are not here for us. When we don’t need them, they harass us with their dirty circulars. Shame on them.

Leave a Comment